Intagrist El Ansari

Sahel-Sahara, le grand espace, au fil du temps.

7
sept 2015
Posté dans Histoire, Politique par Intagrist El Ansari à 12:32 | Commentaires fermés

Pour faire suite à mon précédent article sur le sujet, je publie ci-dessous mon dernier texte sur le conflit malien. Les affrontements sur le terrain, à Anéfis, notamment, entre différentes factions touarègues, sont une résultante des éléments détaillés dans le texte qui suit.

« Azawad », suite… et fin d’une illusion
Le Courrier du Maghreb et de l’Orient (Édition de Juillet-Aout 2015)

La Coordination des Mouvements de l’Azawad (la CMA) a ratifié, le 20 juin 2015, l’accord de paix au Mali. Pourtant, le texte n’a pour objet que la relance du processus de décentralisation promise depuis les années 1990, suite aux soulèvements du nord-Mali qui avaient eu lieu à l’époque déjà, et jamais réellement mise en œuvre ; aucune des revendications des groupes armés qui composent la coalition rebelle de l’Azawad n’a été prise en considération.

Le 15 mai, dans la capitale, Bamako, les représentants de l’État malien ont signé en grande pompe « l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali » en présence des factions armées qui supportent le gouvernement du Mali et d’une délégation des médiateurs internationaux. Le texte a finalement été également approuvé, le 20 juin, par les principaux groupes rebelles du nord. Pourtant, cet accord ne fait état ni « d’indépendance », ni de « fédéralisme », ni « d’autonomie » des régions nord-Mali, autant de promesses que le Mouvement national de Libération de l’Azawad (le MNLA), figure de proue de la CMA, faisait miroiter à ses militants depuis le début de l’insurrection de 2012 qui avait entraîné l’intervention française (l’Opération Serval).

Toute la rhétorique du MNLA, depuis sa création, avait cependant pour leitmotiv « l’indépendance de l’Azawad », « non négociable », un discours maximaliste qui visait à justifier le déclenchement du conflit et l’exil de centaines de milliers de personnes vers les pays limitrophes du Mali.

Ainsi, côté rebelles, les masques tombent aux yeux des jeunes Touaregs désabusés : l’argumentaire indépendantiste, étendard déployé par les différentes factions de la CMA et qui avait séduit une large frange de la jeunesse touarègue « idéaliste », avait ensuite été élargi au concept d’un « Azawad libre, digne et indépendant ». Mais cette jeunesse et ses aînés s’aperçoivent, trois ans plus tard, que ni l’indépendance de l’Azawad, ni un État fédéral, ni même une quelconque forme d’autonomie, dans le fond, n’a jamais été réellement l’objectif de ces groupes qui composent la CMA.

« L’indépendance ou rien ! » Alors que, par ailleurs, les groupes armés du nord avaient signé, en juin 2013 déjà, l’Accord de Ouagadougou, qui reconnaissait l’intégrité territoriale de l’État malien et la constitution malienne… Et pourquoi signèrent-ils ensuite la feuille de route d’Alger, en juillet 2014, qui enterrait définitivement toutes leurs « revendications » ? Et pourquoi, enfin, la CMA accepte-t-elle aujourd’hui de signer le protocole de Bamako, qui bétonne la soumission du nord du Mali, trahissant la jeunesse touarègue abandonnée à ses désillusions, désemparée par le dénouement de ce long, coûteux en vies humaines, mais inutile conflit

Mais, dès le début des combats, dès 2011, il fallait être très optimiste, voire naïf, pour croire que cette nouvelle rébellion, née de la dislocation de la Libye et de la guerre civile dans ce pays voisin, allait apporter « le Graal » aux populations touarègues dans leur ensemble. Elle aura été, bien au contraire, la cause de grandes pertes, humaines et matérielles, pour tous les Touaregs. Les conséquences tragiques de ces trois années de guerre contrastent ainsi avec le discours officiel que les responsables des groupes armés du nord adressent aux populations qui les avaient suivis dans l’aventure : plus de trois ans de conflit qui ont dévasté des régions entières, désormais privées de leurs infrastructures les plus essentielles, dépourvues de centres de santé, de puits où s’approvisionner en eau, d’écoles –dans certaines régions, les cours n’ont plus été assurés depuis près de quatre ans… La guerre a en outre déchiqueté l’environnement social touareg, provoqué des divisions entre les vieilles chefferies, de plus en plus contestées, et leurs anciens vassaux et tributaires, qui se sont investis massivement dans la rébellion au sein des milices pro-gouvernementales, profitant du chaos pour créer un nouveau leadership tribal, s’émancipant du cadre établi depuis plusieurs siècles (« l’Ettebel ») qui constituait un modèle d’organisation politique et sociale viable pour tous.

C’est ainsi que, de facto, la rébellion, trop souvent présentée tant par ses meneurs que par certains « spécialistes » du monde touareg comme un fait « intrinsèquement touareg » et dès lors un facteur rassembleur, précipite au contraire la fin de « l’unité » des Touaregs telle qu’elle était consentie par eux au sein de leur « Ettebel ».

Le conflit a en effet exacerbé les principes communautaristes et tribalistes : depuis 2012, chaque groupe armé a sollicité des tribus ou des fractions touarègues, qui se sont structurées autour de chefs militaires qui ont intégré les groupes armés « au nom de la tribu », emmenant avec eux des guerriers de leur tribu. Chaque chef de guerre est ainsi généralement épaulé par un groupe d’hommes issus de la même tribu et est impliqué dans la direction politique du mouvement qu’il a rejoint. C’est ainsi que la Coordination des Mouvements de l’Azawad (la CMA) n’est pas traversée par des courants idéologiques et politiques fédérateurs, mais plutôt par des positionnements claniques ou tribaux disparates, d’où les nombreuses défections, scissions, rivalités, mobilités individuelles d’un groupe à un autre ; et les indécisions internes à chaque mouvement.

Or, « l’Ettebel »(que l’on peut définir en termes de souveraineté politique, sociale, économique et géographique, d’autonomie) structurait naguère encore chaque tribu dans les limites d’un territoire qui lui était reconnu par les autres. Les règles sociétales internes de ces entités étaient en outre basées sur un consensus qui respectait la position et la fonction sociales de chaque groupe, dont le rôle demeurait irremplaçable, indispensable, dans l’exercice de la souveraineté.

L’une des conséquences les plus désastreuses des rebellions, particulièrement celle de 2012, aura été de provoquer la décomposition de ces souverainetés unitaires, bien que leur affaiblissement, l’amenuisement de leur pouvoir, n’a cessé de croître depuis la pénétration coloniale en milieu touareg, depuis la fin du XIXème siècle jusqu’à l’indépendance du Mali, pour atteindre les proportions actuelles, rendant les tribus sujettes à des clivages internes responsables de troubles conflictuels.

Une perte de pouvoir qui s’est traduite par un rétrécissement de l’espace touareg, progressivement réduit, d’une vaste aire géographique dépassant le cadre établi par les frontières actuelles du nord-ouest de l’Afrique, à des entités locales incorporées aux seins des divers États africains (les entités touarègues intégrèrent alors, administrativement, chaque État nouvellement né ; principalement au Mali, au Niger, en Algérie et en Libye, et, dans une moindre mesure, au Burkina Faso).

Du VIIIème au XVIème siècle, les Sinhâja dominèrent l’espace qui s’étend de l’Atlantique au sud libyen, peuple d’origine ancienne yéménite -d’après les historiens arabes les plus réputés, parmi lesquels le vénérable Ibn Khaldoun-, qui dominait le Sahara ; et notamment les Almoravides (XI-XIIème siècles), dont la majeure partie des Touaregs sont issus.

La fin de l’hégémonie des Sinhâja sur le Sahara correspond à la montée de l’empire du Mali, au XIIIème siècle, puis à la prise de Tombouctou par les Saadiens marocains, en 1590. C’est ainsi que, à partir de la fin du XVIème siècle, l’espace touareg s’est fractionné en plusieurs pôles régionaux : l’Ataram (nord du Mali), l’Aïr (nord du Niger), le Hoggar (sud de l’Algérie) et l’Ajjer (sud de la Libye), autonomes politiquement les uns des autres, bien qu’ils entretenaient d’intenses relations commerciales, humaines et diplomatiques.

Les différentes rébellions qui ont eu lieu dans le cadre de la décolonisation, dès 1963, participent d’une certaine façon à ce rétrécissement de l’espace touareg. En effet, on ne parle plus, alors, de l’Ettebel (unité suprême rassembleuse sous-tendant une société humaine, territoriale, politique et économique, autonome), mais de factions tribales, ou de fractions, voire de clans ou de groupes d’intérêts divers qui se positionnent au sein des différents groupes armés. C’est dès lors le déclin de l’Ettebel, fondement des souverainetés politiques « unificatrices ».

Au Mali, la rébellion de 2012, se solde par « un retour à la case départ », s’agissant des principaux « acquis » inscrits dans le nouvel accord de paix : le processus de décentralisation, qui prévoit une « régionalisation », avait déjà été vendu aux Touaregs dans les années 1990’ ; le nouveau découpage administratif du nord, avec la création des régions de Taoudenni et Ménaka, était également en projet depuis plusieurs années, notamment sous la présidence d’Amadou Toumani Touré.

Si l’on compare le discours -les raisons de la rébellion-, et les acquis concrets, pour faire un bilan et pour situer les responsabilités, on s’aperçoit très vite que ce discours, depuis trois ans, a été développé pour confisquer davantage l’imaginaire nomade, qui est en perte de repère au sein d’un État malien qui ne parvient pas, depuis son indépendance, à asseoir une politique équilibrée à l’égard de tous ses administrés. C’est ainsi que l’argument « nous luttons pour les droits des Touaregs », brandi par la rébellion, a été susceptible de trouver un certain écho chez les nomades, qui s’aperçoivent cependant un peu plus tard de ce qu’est la réalité des insurrections provoquées en leur nom…

Plus largement, cela dit, qu’elles soient du sud ou du nord, les populations maliennes réclament de l’attention et de l’engagement de la part de l’État, par d’incessantes marches sociales et soulèvements populaires. La rébellion armée au nord et les putschs militaires du sud constituent les expressions les plus radicales révélatrices d’un malaise socio-économique et identitaire profond, que la classe politique dirigeante, les décideurs maliens, doit maintenant rapidement et sérieusement prendre en compte, dans un esprit réellement objectif d’ouverture et de compréhension pour y apporter des réponses pertinentes, adaptées et durables.

Au Mali, la carence politique qui touche l’ensemble du pays est encore plus particulièrement douloureuse pour le septentrion, qui reste la partie du pays la plus défavorisée, conséquence d’une géographie désertique abandonnée à son aridité.

De l’abandon des institutions de l’État et des réformes postcoloniales : décret d’abolition du pouvoir des souverainetés traditionnelles et tribales capables de s’autogérer, réformes agraires les dépossédant de leurs terres et espaces, particulièrement au tour du lac Faguibine qui était jadis le grand grenier de l’Afrique de l’Ouest, à partir de la région de Tombouctou. Ces réformes imposées mettent à mal le fragile équilibre dans lequel évoluent des populations diverses (et mixtes), qui vivaient prospères et auparavant en harmonie, parmi lesquelles les Touaregs, stigmatisés à chaque résurgence du conflit.

C’est en fin de compte la fragile et lente évolution d’un peuple malmené par les péripéties d’une histoire longue, jalonnée par des exploits héroïques, tantôt, par des aventures moins glorieuses, depuis plusieurs siècles, qui se trouve perturbée, asphyxiée, parfois prise en otage, dans des enjeux sur lesquels ce peuple n’a pas -ou très peu- d’emprise.

L’approbation, le 20 juin 2015, de l’accord de Bamako par la CMA, est une bonne chose pour le retour de la paix au Mali. Cette adhésion de la CMA s’inscrit tout à fait dans la logique du processus commencé avec la signature de l’Accord de Ouagadougou, en juin 2013 ; qui s’est poursuivi par l’adoption de la feuille de route qui balisait le protocole d’Alger depuis juillet 2014, dont un premier aboutissement avait été le paraphe d’un préaccord, en date du 14 mai 2015, à Alger.

Ces engagements internationaux n’avaient pas empêché la CMA, parallèlement, de continuer à jeter de la poudre aux yeux de ses militants, auxquels les chefs des différents groupes affirmèrent, sans cesse, que « rien ne nous ferait sortir de la ligne de l’Azawad », ou encore : « Au minimum une autonomie pour l’Azawad », etc. ; le catalogue des déclarations est aussi large que les va-et-vient et les rencontres organisées pour gagner du temps et maintenir en halène ces nomades qui croyaient tout ce qu’on leur racontait. Un double-jeu qui a entretenu la confusion et dupé ceux à qui la parole avait été donnée.

En quoi est-ce que le texte de l’accord proposé le 1er mars 2015 et rejeté alors par la CMA était-il différent de celui qui fut signé le 20 juin ? Pas une virgule n’a changé de place ! Le document signé à Alger le 5 juin, en préalable à la signature définitive du 20 juin, fait certes des observations sur les modalités de la mise en application de l’accord ; mais il ne tient pas compte des amendements remis à la médiation le 17 mars 2015, à Kidal, par la CMA qui, le 1er mars, avait demandé « un temps pour restituer le contenu de l’accord à ses bases »lors du paraphe de l’accord par les différentes parties gouvernementales, certains groupes loyalistes et le médiation internationale.

Les responsables de la CMA se défendent en prétextant avoir suivi le courant des négociations et fait « un pas après l’autre », justifiant ainsi la signature du 20 juin et se déresponsabilisant, en quelque sorte, des conséquences de trois années de conflit.

Et puis, il y a l’après accord… Au lendemain de la signature, les leaders rebelles se disputent entre eux, désormais, pour s’emparer des sièges qui leurs ont été attribués dans la commission de suivi de l’accord et dans les différents groupes de travail qui correspondent aux thématiques que le traité prend en compte. Avec, en finalité, des visées sur des portefeuilles ministériels ; des postes de haut niveau dans l’administration ; et des responsabilités dans la gestion des différents projets de développement du nord-Mali… Une attitude qui dévoile les objectifs de ces chefs rebelles qui ont trouvé un pis-aller dans les effets qui découleront de l’accord.

Ainsi l’histoire s’est-elle répétée pour les Touaregs du Mali ; les notables et chefs traditionnels, garants moraux des sociétés touarègues, devraient veiller plus scrupuleusement à ce que « l’esprit de rébellion », qui est parfois trop susceptible au sein de leurs populations, ne soit pas instrumentalisé, par des forces extérieures en collaboration avec des factions intérieures, ranimant d’interminables cycles de violences qui fragilisent toujours davantage ces peuples, peut-être aujourd’hui au bord de l’implosion, voire au crépuscule de leur déclin, alors que les résurgences armées n’apportent pas de solutions novatrices et que leurs conséquences sont toujours plus nuisibles, « d’accord en accord ».

De son côté, l’État malien doit se (ré)construire sur des bases institutionnelles nouvelles qui rétablisse la confiance avec sa partie nordique, particulièrement avec les bases traditionnelles de l’espace touareg : ce qui provoque le sentiment d’injustice, au sein de ces populations, doit être anticipé, rapidement traité et résolu, pour éviter « une possible justification » de toute nouvelle velléité conflictuelle entre l’administration et des fragments issus de ces bases. Cela passe notamment par un partage de pouvoir et un rééquilibrage des ressources du pays.

L’application du dernier accord de paix ne doit se résumer à un « instrument » à l’usage des seuls belligérants armés (l’État et les groupes armés loyalistes et rebelles) ; elle devrait au contraire impliquer toutes les dynamiques pertinentes ainsi que les voix reconnues des représentations traditionnelles et institutionnelles des différentes régions maliennes. Afin que l’accord soit réellement une possibilité de réforme pour le pays, et non un mesquin tremplin pour des individus avides de postes et de fonctions rémunératrices.

Il est important que la Justice aussi fasse son travail, de manière impartiale et indépendante, sans pressions du politique, pour enquêter sur les crimes, les exactions et les violations des droits humains commis durant tous les cycles de conflit, depuis 1962 ; et que, au terme de cette enquête, les responsables des crimes les plus graves -toutes parties confondues- ne restent pas libres et impunis.

Dans le nord, la souveraineté des chefferies traditionnelles pourraient garantir la stabilité locale, si elle était rétablie. Elles ont longtemps constitué la charpente du pouvoir local, sur lequel le pouvoir central pourrait s’appuyer s’il acceptait un compromis honnête et sain de rapports politiques (excluant donc toute forme de clientélisme).

C’est avec une telle approche, qui n’est certainement pas facile, envisageable dans le cadre de la nouvelle architecture institutionnelle inscrite dans l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, que le pays devrait parvenir à l’intégration de ses différentes composantes ethniques.

À Bamako, la cérémonie de la signature de l’accord s’est achevée par un discours qui a évoqué tous les empires fondateurs du Mali contemporain : les empires du Ghana, du Mali et le Songhoï… Mais il a oublié -comme c’est souvent le cas- de mentionner le royaume Sinhâja et l’empire almoravide dont les Touaregs descendent.

Pourquoi oublie-t-on les Touaregs alors que la souveraineté hégémonique de leurs ancêtres Sinhâja sur le Sahara (de l’Atlantique au sud libyen) est attestée depuis le VIIIème siècle par ces mêmes historiens (Al-Yaqoubî, Ibn Hauqal, Al-Bakrî, Ibn Batuta, Ibn Khaldun…) qui ont permit de faire connaître les empires du Ghana et du Mali ? Les ancêtres touaregs étaient désignés par ces historiens par les noms des tribus mères (Massoufa, Lemtouna, Joddala, etc.). Ils furznt ensuite dénommés les « hommes voilés », à partir du XIIIème siècle.

Peut-être ce discours de Bamako est-il de mauvais augure ( ?) Car la réconciliation, profonde et sincère, l’acceptation mutuelle, source d’un vivre ensemble durable, commence par la connaissance et le respect de l’histoire, de celle de toutes les composantes qui font la diversité d’un peuple.

« Le premier qui régna au désert fut Tloutan ben Tikran, le Sinhâja, le Lemtouna. Il gouvernait tout le Sahara et était Suzerain de plus de vingt rois du Soudan qui lui payaient tous tribut. Ses États s’étendaient sur un espace de trois mois de marche en long et en large ; et ils étaient peuplés partout. Il pouvait mettre sur pied cent milles cavaliers. Il mourut en l’an 836, âgé de quatre-vingts ans… » (Al-Qayrawânî, Raudh Al-Katas)

Intagrist El Ansari
Juillet 2015, Courrier du Maghreb et de l’Orient

13
mai 2015
Posté dans Histoire, Non classé, Politique par Intagrist El Ansari à 10:12 | Commentaires fermés

La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) annonce qu’elle paraphe, ce jeudi 14 mai 2015,  « l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali », issu du processus d’Alger. Les tergiversations, de la CMA, depuis fin 2014, aux différents rounds des négociations n’étaient « qu’un gain de temps » pour la dissuasion des militants, auxquels les groupes armés avaient promis « indépendance », puis « fédéralisme », sinon « au minimum une autonomie », qui ne voient le jour avec l’Accord en phase de paraphe par la CMA à Alger.

Malgré, les semaines d’attentes et de va-et-vient, le paraphe de la CMA n’est pas une surprise car il devait advenir à un moment ou un autre, compte tenu de l’Accord de Ouagadougou, signé en Juin 2013, par les principaux groupes armés du Nord-Mali, qui composent cette coalition,  mais ce paraphe est surtout inévitable, vis-à-vis de la feuille de route, adoptée en juillet 2014 par ces différents groupes. Dans ces deux documents, qui balisaient le processus de paix au Mali,  les différents groupes rebelles renoncèrent à leurs principales revendications « indépendantiste« , « fédéraliste » et « autonomiste », contrairement aux discours qu’ils tenaient (discours que la CMA tient encore ces dernières semaines) à leurs bases et à leurs militants qui affichent leur désarroi et leur grande désillusion.

Il faut quand même se rappeler qu’en janvier 2012, « c’était l’indépendance ou rien », selon une rhétorique, qui « était non négociable » d’après le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) qui avait lancé l’offensive au Nord-Mali. La crise mettra plusieurs milliers de personnes en exil, avec des pertes humaines et matérielles considérables, « un recul de plusieurs décennies », d’après des leaders traditionnelles et des responsables des sociétés civiles. Il s’agit du deuxième exil, en vingt ans, pour la majorité des Touaregs et Maures, au nom desquels les rebellions sont menées, à chaque fois, par les mouvements armés autoproclamés qui utilisent leurs soulèvements comme un fond de commerce, permettant à quelques individus de prospérer et à certains groupes sociaux de « s’émanciper » du cadre (de l’Ettebel) établi traditionnellement, depuis plusieurs siècles.

Les populations civiles nomades (Touaregs et Maures), dans leur grande majorité, livrées à leur sort, sont « paradoxalement » les premières perdantes à l’aller comme au retour : au départ comme à la fin de chaque rébellion ! Quelle est la crédibilité ou la pertinence des réformes institutionnelles, qui adviendront suite à l’Accord de paix, s’il faut rattraper l’important recul (développement de 1995 – après le retour du premier exil, suite à la rébellion des années 90 – à janvier 2012) advenu avec la rébellion en cours ?  

La cérémonie protocolaire de la signature de l’Accord est prévue par la médiation internationale, ce vendredi 15 mai 2015 à Bamako, dans un contexte marqué par la reprise de Ménaka, par le Groupe Autodéfense Touaregs Imghad et Alliés (GATIA), un groupe perçu  comme « pro-gouvernemental » qui a évincé la CMA, en fin avril 2015, de la capitale (Ménaka) des Touaregs Imouchar-Iwillimiden. Devenu un acteur imposant sur le terrain, le GATIA concentre, ces derniers temps les attentions.

Pour en comprendre la dynamique, je reviens, – au delà de l’actualité -, dans une interview accordée au journal malien « Le Pays » sur ce groupe. Ce qui m’intéresse, avant tout, c’est de tenter d’expliquer ses origines dans la perspective historique et socio-politique, des  grands ensembles Touaregs, pour comprendre et analyser l’existence de ce groupe, plutôt que d’être « Pour » ou « Contre » le GATIA.

Faut-se méfier du GATIA ?
Interview accordée à Boubacar Sangaré pour le Journal « Le Pays » (Bamako-Mali)

Le Groupe Autodéfense Touaregs Imghad et Alliés (GATIA) est une résultante d’une dynamique illustrant les recompositions issues des clivages qui traversent les entités (Ettebel : parfois traduit par la notion de « Confédération ») Touarègues. Ces entités sont traversées, dès leur création, par des clivages inhérents aux sociétés Touarègues actuelles, depuis au moins cinq siècles. La création de ces Ettebel, à partir du XVIème siècle, s’est recentrée autour des différentes régions, historiquement occupées par les Touaregs. Entendons par « Ettebel » des souverainetés politiques traditionnelles autonomes et indépendantes politiquement, socialement et géographiquement les unes des autres. Ces entités sont subdivisées en plusieurs tribus et fractions, avec à leur base des vassaux, des artisans, des anciens esclaves, etc… Cette pyramide sociale est structurée autour de l’Amenokal, qui est alors le Souverain, « le Chef suprême ». La tribu  dont l’Amenokal est issu, occupe traditionnellement le sommet de cette pyramide.

D’un point de vue géographique, on pourrait parler d’un « rétrécissement » de l’espace Touareg, au fil des temps : du VIIIème au XXème siècle, avec des époques marquées chacune par des caractéristiques propres. Cette restructuration est d’abord advenue après l’époque de la prédominance des Sînhaja (VIIIè – XIè siècle) sur tout le Sahara central : de l’Atlantique au Sud Libyen actuel, ensuite, après l’empire Al-Moravide (XI-XIIème siècle), – issu des Sinhaja dont une majorité des Touaregs actuels sont les descendants -, dont l’influence s’étendait sur l’espace jadis occupé par ces ancêtres Touaregs, de la partie ouest saharienne (Nord-Mali actuel) à l’Espagne actuel. La conquête de Tombouctou en fin du XVIème siècle, par le Maroc, marquera une nouvelle étape dans cette reconfiguration de l’espace géopolitique Touareg. Enfin, la période allant de la pénétration coloniale au Sahara, à la fin du XIXème siècle jusqu’à la décolonisation vers la moitié du XXème siècle, verra « ce rétrécissement » de l’espace Touareg se recentrer davantage, passant des pôles régionaux, qui dépassaient le cadre établi par les frontières actuelles, vers une forme « de principautés locales » incorporées aux nouveaux états africains.

On parle de l’Ettebel des Kel Ansar, à Tombouctou (à partir de la moitié du XVIème siècle); de celui des Imouchar-Iwillimiden sur Gao-Ménaka (à partir du XVIIème siècle); et enfin, on parle de la confédération des Kel Adagh à partir du XXème siècle (au tour des années 1920-1923, plus exactement).

Ces trois entités (Kel Ansar, Imouchar-Iwillimiden et Kel Adagh) sont, historiquement, composées d’ensembles tribaux, d’origines diverses, traversés par des catégories ou classes sociales, très fortes, c’est ce qui expliquent parfois les clivages et dissensions au sein de chaque Ettebel.

Les Imghad, figures de proue du GATIA, faisant partie de ces différentes entités, avec une présence majoritaire, tout de même, chez les Kel Adagh, entendent « désormais exister par eux-mêmes », c’est à dire en tant qu’entité à part entière, dans cette recomposition des entités citées. Tous les différents Ettebel Touaregs sont ainsi, traversés par une reconfiguration identique de Tombouctou à Kidal, passant par Gao-Ménaka. On pourrait parler « d’émancipation » du cadre de l’Ettebel, promue par les dynamiques des différentes rebellions, avec un point culminant  qui sera atteint avec la rébellion en cours depuis 2012. Dans cette dernière, certaines tribus ou fractions Touarègues se sont structurées autour d’un chef militaire issu de cette tribu (parfois épaulé par un groupe politique – issu de la même tribu – impliqué dans la direction des mouvements) dans le but de se positionner, « pour » ou « contre » le régime malien. Cette implication structurelle, au sein des rebellions, n’est rien d’autre qu’un positionnement socio-politique, dans la visée des réformes qui adviendront suite à la résolution du conflit. C’est toute la complexité qui traverse les différents groupes rebelles. Cette complexité atteint son paroxysme au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad, ce qui explique ses attitudes et ses propos contradictoires et le non consensus autour des décisions, comme c’est le cas en ce moment au sujet de la signature ou non de l’Accord d’Alger. La CMA n’est pas traversée par des courants idéologiques et politiques, mais plutôt par des positionnements claniques ou tribaux divers.

C’est dans ce cadre que les Imghad du GATIA se sont placés « du côté » gouvernemental, avec un objectif précis : créer une force incontournable sur le terrain capable de s’imposer, d’exister, dans le dessein, éventuellement, (si le GATIA, y arrivait, toutefois,) de supplanter le leadership Ifoghas, la tribu dominante qui se trouve à la tête de la pyramide des Kel Adagh à Kidal. Les Imghad se trouvent dans une position intermédiaire dans cette dernière pyramide. C’est avec ce principe de base et analytique de la cartographie des Touaregs, en général, qu’on pourrait analyser la dynamique prônée par le GATIA. Cette dynamique est avant tout un positionnement, un enjeu politique de terrain. L’argument « Républicain » véhiculé par le GATIA est un prétexte stimulé par l’Etat qui n’est peut-être pas dupe, car il se base sur ces clivages pour affaiblir l’un (Ifoghas et « Alliés Rebelles »), en promouvant, de fait, l’Autre (Imghad et « Alliés Républicains »).

20
oct 2014
Posté dans Histoire, Politique par Intagrist El Ansari à 11:07 | Commentaires fermés

A la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement de Bamako et les groupes armés du Nord, sous l’égide de la médiation algérienne, je reprends ci-dessous mon analyse consacrée au processus de réconciliation inter-malienne, publiée par le Courrier du Maghreb et de l’Orient.

En prélude à ce texte, il me parait important de corriger ce qui a été très longuement dit (par la presse internationale, ainsi que par les voies officielles), au sujet de la deuxième phase des négociations de septembre :
En effet, il faut mentionner l’absence des Sociétés Civiles indépendantes dans ce dialogue dit inclusif prévu par l’accord de Ouagadougou de juin 2013, contrairement à ce que l’on a annoncé pompeusement en affirmant que la société civile était présente et impliquée dans le processus d’Alger. En réalité, il y avait « deux sociétés civiles » invitées à Alger, en septembre dernier : l’une dont les groupes armés du nord  sont issus, cette société civile comprenait surtout des chefs des différentes tribus et/ou fractions qui détiennent les branches militaires et politiques des différents mouvements armés ; l’autre société civile invitée est, quant à elle, très majoritairement proche des autorités de Bamako, elle comprenait des organisations d’associations venues à Alger « renforcer » le discours de la délégation gouvernementale. Dans ces conditions, il est évident de porter le constat de l’échec du dialogue inclusif qui avait jadis la prétention « d’ouverture à toutes les communautés maliennes ». Les communautés – particulièrement du Nord Mali -  qui ne sont ni d’un bord ni d’un autre sont tout simplement exclues du processus en cours.

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient / Septembre 2014
Le point de vue touareg : une grande désillusion

Les pourparlers de paix au Mali ont repris ce 1er septembre, à Alger. Le contenu de la feuille de route, préalable à ce dialogue, signée en juillet dernier, désillusionne ceux, parmi les Touaregs, qui avaient espéré un dénouement favorable à leur cause partagée avec les mouvements de l’Azawad.

Les pourparlers de paix au Mali ont repris ce 1er septembre, à Alger. Le contenu de la feuille de route, préalable à ce dialogue, signée en juillet dernier, désillusionne ceux, parmi les Touaregs, qui avaient espéré un dénouement favorable à leur cause partagée avec les mouvements de l’Azawad.

Les groupes armés du Nord-Mali, qui s’adressent spécifiquement aux Touaregs, à savoir le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad et la Coalition du Peuple pour l’Azawad, n’ont cependant pas la caution des populations Touarègues dans leur globalité, lesquelles n’adhèrent pas systématiquement aux options politiques de ces organisations.

C’est évident quand on observe l’attitude des vieilles chefferies traditionnelles ; et la fragmentation et la recomposition des entités tribales et de leurs élites complexifient considérablement le jeu des acteurs présents sur le terrain, depuis l’avènement du conflit malien, en janvier 2012.

Si les alliances militaires se font et se défont suivant le positionnement, parfois circonstanciel, des forces présentes sur le terrain, l’attitude politique des chefferies est quant à elle inhérente aux positionnements des confédérations tribales, seules entités souveraines dans l’espace touareg.

Certains analystes ou « spécialistes » voudraient bien parler « d’homogénéité » ou « d’unité  touarègue», même parfois superficielle. Mais les réalités historiques et sociopolitiques régionales invalident cette vision idéaliste et partiellement erronée des rapports qui animent les populations touarègues dans leur complexité.

Les dynamiques et positionnements des différents acteurs touaregs, qu’ils soient issus des groupes armés ou des organisations représentatives de la société civile, dès 2012, trahissent tout à fait les clivages qui ont toujours traversé le monde touareg.

Ainsi, les deux plus anciennes confédérations touarègues, attachées chacune à son « ettebel » (tambour symbolisant la souveraineté politique et la suprématie militaire), à savoir les Imouchar et les Kel Ansar, se sont bien gardées d’adopter une position politique favorable aux groupes armés qui avaient déclenché la guerre.

Pour les chefferies qui participent à ces deux confédérations, le soulèvement armé est advenu dans un contexte chaotique incitant à la prudence : la guerre en Lybie, l’implantation des djihadistes au Nord-Mali et le développement des trafics illicites dans cette région. Alors qu’un retour à la normale et la reconstruction du pays (aussi fragile fût-elle), qui faisaient suite à la rébellion des années 90, étaient en cours depuis une quinzaine d’années, il était alors inopportun, voire contre-productif, de voir ressurgir une rébellion se réclamant de la défense des seuls intérêts touaregs.

Inversement, la réserve affichée de ces chefferies coutumières poussa certaines factions tribales (non issues des lignées aristocratiques des confédérations citées), vassales ou anciennes alliées, à se ranger du côté des groupes armés, pour retrouver, en quelque sorte, « leur autonomie », voire « une indépendance », peut-être aussi à « promouvoir » des individus, en s’inscrivant dans un projet « indépendantiste », avec des perspectives plus vastes, qui concernaient tout le Nord-Mali, « l’Azawad ».

Et c’est bien de ce thème, « l’indépendance de l’Azawad », que les différents groupes armés avaient fait leur cheval de bataille. Pendant un certain temps, du moins…

La grande désillusion commença dès les premiers contacts qui allaient aboutir à la signature de l’Accord d’Ouagadougou, en juin 2013, quand les groupes rebelles reconnurent ouvertement le principe de « l’intégrité territoriale de l’État malien ». Les leaders de la rébellion renonçaient ainsi, de facto, à la promesse qu’ils avaient faite à leurs militants.

Toutes revendications « d’indépendance » ou de « fédéralisme », systématiquement brandies encore quelques semaines auparavant, étaient désormais exclues des négociations.

Mais la déception des militants indépendantistes atteignit son comble au lendemain de la publication de la feuille de route des négociations, à Alger, le 24 juillet 2014 : signée entre les leaders des groupes armés de l’Azawad et le gouvernement central de Bamako, sous médiation algérienne, la feuille de route, qui balise très clairement les thèmes des discussions qui ont repris le 1er septembre dernier, enterre définitivement toute revendication « indépendantiste », « fédéraliste » ou « autonomiste ». Ces trois options constituaient pourtant la justification et le principal argument des groupes armés, vis-à-vis des populations touarègues du Nord-Mali qui leur prêtaient l’oreille. Des populations qui payent aujourd’hui le lourd tribut de la guerre : les conséquences dramatiques pour les Touaregs surviennent dès les premières heures du conflit, en 2012, avec les affres de l’occupation djihadiste, puis avec la reconquête du territoire par l’armée malienne et la « revanche » sur les populations du Nord assimilées aux rebelles, à la faveur du déclenchement de l’opération française « Serval », à partir de janvier 2013.

Pourtant, dans leurs communications et leur rhétorique, les revendications auxquelles les groupes armés renoncent (indépendance, fédéralisme ou autonomie) étaient « non négociables ». Car elles justifiaient les sacrifices acceptés ou subis par les populations du Nord-Mali. Le MNLA, en particulier, a renoncé très facilement à ses exigences premières, au fur et à mesure que s’intensifiaient ses contacts avec Bamako.

À la veille de la reprise des pourparlers d’Alger, les revirements dans les discours laissaient entendre « qu’une réintégration massive des groupes armés dans les différents corps de l’État malien, le développement pour les régions du nord et un partage des responsabilités et de la gouvernance » feraient, finalement, amplement l’affaire de ceux qui avaient ouvert le feu et attirés tant de projecteurs sur le Nord-Mali, donnant de ces régions touarègues, jadis exemples de paix et de sérénité, l’image négative de dangereux bastions terroristes.

Après deux ans et demi de conflit, voilà donc le « gâchis », aux yeux de la majorité des Touaregs, au nom desquels la rébellion a été menée, comme l’affirmaient naguère les groupes armés du nord.

La jeunesse touarègue, cette frange de la population connectée aux réseaux sociaux, parfois manipulée et instrumentalisée, à des fins de figuration sympathisante vis-à-vis des groupes armés, est désormais révoltée par la tournure que les négociations ont prise à Alger : au lendemain de la sortie de la feuille de route, ces jeunes se sont sentis « trahis », « vendus » « leurrés »… comme on a pu le lire sur leurs pages Facebook et autres Twitter.

Tandis que, pour ces jeunes, la suite des négociations ne présagent rien que de honteux, pour les plus anciens et nombre de chefs tribaux, c’est, plus pragmatiquement, l’inquiétude qui s’installe, face au « grand chaos généré par le conflit et à la perspective du résultat des pourparlers, qui se dessinent sans aucune avancée significative pour le nord » s’inquiètent. Ces derniers y voient « une tromperie assassine » de la part des leaders des groupes armés.

« Un recul de trente ans pour nos régions », se sont exclamés d’autres représentants touaregs, qui estiment que la rébellion de 2012 est devenue « un non sens » et qu’elle n’aurait jamais dû voir le jour. « Ce résultat était prévisible : nous ne nous attendions à rien de la part des groupes armés, adeptes des rebellions comme fond de commerce, dans l’intérêt de quelques individus, comme nous ne nous attendions pas à grand-chose, non plus, de la part de l’État malien, qui, depuis cinquante ans, n’a rien entrepris de significatif pour nous. », analysent, de leur côté, des responsables politiques locaux, fins connaisseurs des réalités régionales, et sceptiques, quant à eux, depuis le début du conflit, en 2012.

Mais, au-delà de la désillusion des militants touaregs qui avaient placé leurs espoirs dans les groupes armés, le danger du processus « inclusif » qui reprend à Alger, c’est l’exclusion ou la très faible implication dans les négociations des acteurs civils, pourtant issus des représentations touarègues les plus légitimes.

D’une part, en effet, le gouvernement de Bamako brandit l’argument, pour contrecarrer les revendications des groupes armés, selon lequel « ils ne représentent pas tous les Touaregs » ; d’autre part, Bamako fait tout pour éloigner des pourparlers les représentants de la société civile touarègue.

Il ressort clairement de cette politique que Bamako, non seulement, veut affaiblir –voire diviser davantage encore- la représentation touarègue à Alger, mais aussi éviter de débattre des problèmes de fond de l’Azawad avec des acteurs crédibles et représentatifs des populations du Nord-Mali.

Les premiers accords de paix, qui avaient été entérinés en 1991, avaient été négociés et signés à huis clos, à l’époque déjà entre le gouvernement malien et les chefs des seuls groupes armés. Ils n’ont jamais été suivis d’effets significatifs sur le terrain.

C’est ce même schéma que le gouvernement malien tente de reproduire aujourd’hui à Alger, avec l’assentiment des groupes armés, alors qu’il est pourtant évident que le dialogue doit être ouvert aux représentants de la société civile, particulièrement aux chefs coutumiers touaregs, qui sont les garants des bases sociales et populaires des régions du Nord-Mali.

Si le processus d’Alger ne rectifie pas sa course, les « accords de paix » qui en concluront probablement les négociations ne feront que renvoyer le Mali à ses vieux démons.

Intagrist El Ansari.

5
août 2014
Posté dans Politique par Intagrist El Ansari à 10:22 | Commentaires fermés

Les « Trois questions À… » du mensuel  « Le Magazine de l’Afrique » (Aout-Septembre 2014), au sujet du Nord-Mali et les pourparlers de paix qui reprennent le 17 Août à Alger.

Le 24 juillet dernier une feuille de route était signée, entre les groupes armés du Nord et le gouvernement central de Bamako, sous médiation algérienne.

Cette feuille de route balise très clairement les thèmes des discussions à venir. Elle enterre définitivement, toute réclamation, « indépendantiste« , « fédéraliste » ou « autonomiste« , dans le cadre des pourparlers qui viennent. Ces trois points étaient pourtant la justification (le principal argument) des groupes rebelles vis à vis de certaines populations du Nord-Mali qui leur tendaient l’oreille.

Ces populations, dans leur globalité, payent encore, de nos jours, le lourd tribut de la guerre, déclenchée à partir de janvier 2012 par les groupes armés. Que ce soit durant les premiers heures du conflit; durant l’occupation jihadiste, et au retour de l’armée malienne avec le déclenchement de l’opération française « Serval » à partir de janvier 2013 !

Pourtant à en croire leurs communications et réclamations affichées, ces trois, principales revendications, (Indépendance, Fédéralisme ou Autonomie) « étaient non négociables » d’après ces groupes (particulièrement le Mnla) qui en avaient fait leur cheval de bataille.

Des revendications auxquelles ces groupes renoncèrent d’ailleurs, l’une après l’autre, dès les rencontres préparatoires à la signature de l’accord de Ouagadougou en juin 2013.

 Après deux ans et demi de conflit, un « gâchis« , d’après  des Touaregs, au nom desquels « la rébellion a été menée », d’après le vocabulaire des groupes armés. La frange de la jeunesse connectée aux réseaux sociaux, habituellement favorable aux groupes armés, est quant à elle révoltée par le dénouement de cette histoire. Au lendemain de la publication de la feuille de route, ces jeunes se sentaient « trahis« , « vendus » « leurrés » etc…

« Un grand chaos, avec un résultat des pourparlers qui se dessinent sans aucune avancée significative pour le Nord » s’inquiètent certaines notabilités du Nord-Mali, qui y voient « Une tromperie assassine » de la part des groupes armés. « Un recul de 30 ans en arrière pour nos régions et populations » disent d’autres Touaregs de cette région qui estiment que la rébellion de 2012 est « un non sens », et qu’elle n’aurait jamais dû voir le jour. « Ce résultat était prévisible : Nous ne nous attentions à rien de la part des groupes armés, adeptes des rebellions comme fond de commerce, pour quelques individus, comme nous ne sous attendions à rien, non plus, de la part de l’état malien, qui ne fait rien de significatif, pour nous, depuis 50 ans » analysent des observateurs locaux, septiques, quant à eux, dès le départ, en 2012.

Analyse des événements à Kidal du 17 au 21 Mai 2014; la recomposition de la cartographie politique des Touaregs; le sens que devraient avoir les pourparlers de paix en cours à Alger, dans le document ci-dessous.

« Trois questions  A… » dans le PDF ci-dessous :
(Daté du 02 Juillet 2014, parution début Août)

fichier pdf Entretien Magazine de l’Afrique

12
mai 2014
Posté dans Culture, Évasion, Histoire, Sciences par Intagrist El Ansari à 11:37 | Commentaires fermés

Couverture et 4ème

Chères lectrices,
Chers lecteurs,

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie de mon livre.  Titré « Écho Saharien, l’inconsolable nostalgie« , le texte est préfacé par l’écrivain Mauritanien Beyrouk. Il s’agit d’un récit de voyage par voie terrestre entre 2009 et 2010.
C’était avant les événements de la crise malienne.

Mon point de départ est Paris. Le sujet profond (Le Sahara) n’est abordé qu’à partir de Ménaka, une ville touarègue, située à 1 500 kilomètres au nord-est de Bamako.

Je traverse l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, avant d’atteindre la capitale malienne et de poursuivre au nord du pays, vers Ménaka.

Une fois à Ménaka, j’ai poursuivi mon chemin vers le Hoggar (le grand sud algérien), « sur la route des djinns » pour arriver à Tamanrasset d’où, je rebrousse chemin pour atteindre Tombouctou, cité désertique des savoirs, en passant par Kidal et Gao, empruntant la route de l’imaginaire.

Ce voyage est une réflexion intérieure, personnelle, parfois intime ou poétique, sur la nature humaine toute petite graine de sable dans un immense désert, à la recherche des origines perdues dans la sédentarité, des grands espaces, d’émotions profondes simples et vraies que notre monde « uniforme », fait parfois d’artifices, ne permet plus de percevoir.

Écho Saharien est un voyage à la découverte d’une partie de ce grand désert, ces solitudes vivantes, ces espaces dépaysant habités par l’invisible, mais aussi par des femmes et des hommes (Touaregs, entre autres) que je rencontre au fil de ma route. Ils me feront partager leur philosophie de vie, leurs histoires (leur Histoire aussi), leurs cultures, leur beauté, leur poésie, mais aussi leurs interrogations sur leur monde en pleine mutation.

Ce texte ne fait que très rarement référence à l’actualité ou au chaos dans lequel cette région est plongée depuis 2012. Je mentionne ici et là, (déjà en 2009), des prémices de ce qui allait bientôt arriver…

Écho saharien, l’inconsolable nostalgie – 202 pages
disponible en librairie et :
Aux éditions Langlois Cécile : http://www.editionslangloiscecile.fr/catalogue/
Sur la Fnac : livre.fnac.com/a7395042/Intagrist-El-Ansari-Echo-saharien

Sur Décitre : http://www.decitre.fr/livres/echo-saharien-l-inconsolable-nostalgie-9791093510033.html

Revue de Presse actualisée : http://www.editionslangloiscecile.fr/presse/intagrist-el-ansari/

Pour les lectrices et lecteurs de ce blog, un extrait du livre :
Il semble que les Génies du voyage aient décidé que nous devions passer cette nuit sur place, ainsi que me l’annonce mon compagnon de route. Il semble désespéré et découragé à force d’épuisement. La fatigue, certes, bonne soit-elle ! Nous dormirons ici. Ce qui n’est d’ailleurs pas une si mauvaise chose.

On dit qu’il apparaît parfois, dans le désert, pour le voyageur, un esprit qui se présente sous la forme d’un feu inatteignable, mais apparent, dans le but de semer davantage celui qui s’imagine dompter le désert, celui qui se croit à l’abri d’une nature si hostile, si inhospitalière, quelquefois.
Les habitués, les voyageurs chevronnés de l’infini arrêtent leur marche, aussitôt qu’ils aperçoivent cette lumière des ténèbres.

J’ai le désert, seul, pour maître et pour seul guide !


Et finalement, se perdre ici, n’est-ce pas s’arrêter pour mieux se retrouver dans l’autre monde ? Accepter sa faiblesse, admettre sa fragilité, son humanité, sa condition d’homme, dans un univers peuplé d’une multitude d’autres créatures, toutes aussi légitimes les unes que les autres. Parmi celles-ci, l’homme est loin d’être l’espèce la mieux préservée des aléas de toutes sortes, particulièrement de celles de la nature, reine, fondatrice des royaumes de l’Univers.

Nous rendant à l’évidence, nous prenons un tapis et des couvertures. Ayant rassemblé quelques brindilles de bois sec, le guide allume un feu pour préparer le thé.
À peine le corps étendu sur le tapis, le silence de la vallée m’invite dans sa demeure, invitation à laquelle je réponds avec délice, en m’endormant avant le service du premier verre de thé.

Au cours de mon sommeil, je crois voir un gamin courir devant moi, se retournant il m’enjoint de le suivre. Le petit enfant riait, d’un rire de démon, de possédé. Autour de nous, plusieurs rayons, des dizaines de faisceaux lumineux, des lumières de lampes torches, convergent de la terre vers le ciel…

Cela n’est-il pas une métaphore ?

L’égaré sur terre n’est-il pas celui qui est guidé par une lanterne imperceptible à l’esprit humain, à son insu ? Cette lumière pénètre secrètement le cœur de l’éveillé pour éclairer son existence entre les mondes visible et inconnu.

Très tôt le lendemain matin, ce sont d’autres rayons, solaires cette fois, qui me réveillent. Mon premier réflexe est de chercher un campement autour de moi. Et je découvre alors la rareté des hommes, des végétaux. Seuls quelques arbres, que l’on peut compter, sont éparpillés dans la plaine rocheuse. Le chauffeur est encore ensommeillé. J’en profite pour faire quelques pas et prendre la température, me laissant pénétrer de l’esprit du lieu. Je marche vers une butte derrière laquelle le soleil poursuit son ascension, ce tumulus est le plus proche, parmi toute une série de petites montagnes environnantes. En escaladant, sans difficulté j’atteins très vite le sommet.

Le lever du jour diffuse une lumière douce sur les hauteurs, l’éclairage offre une atmosphère brumeuse d’une belle profondeur visuelle. Je sens la fièvre de l’immensité s’emparer peu à peu de mon corps, alors que mon esprit traverse déjà les contours de l’infini. Je suis saisi, je veux rester ici, pour l’éternité, mais voilà que mon compagnon lève la main dans ma direction pour m’appeler.

Après quelques instants, durant lesquels je m’imprègne profondément de l’esprit de ce lieu et de la sensation de délivrance qu’il me procure, je redescends en pensant au bienfait de n’être pas allé plus loin la nuit dernière, de s’être égaré pour se retrouver pour quelques instants de bonheur, instants qui resteront dans mes mémoires affective et sensorielle.

Le guide avait allumé un feu, préparé le thé, fait cuire du pain dans le sable chaud. Il me tend un morceau de pain, d’une chaleur extrême. Je le coupe, il est tout blanc à l’intérieur, cette cuisson procure un goût appétissant à la farine moelleuse que je consomme avec lenteur, en picorant bouchée par bouchée. Ensuite je déguste un thé vert bien sucré et chaud à souhait.

La route me semble à présent envisageable !

Extrait tiré de la partie « Vers le Hoggar, sur la route des djinns », consacrée à la route de Tamanrasset, en arrivant de Kidal…

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